Soutien à Beigbeider dans son combat contre la garde à vue, "cette torture"...(25/08/2009)
Source : http://www.lepost.fr/article/2009/08/25/1668683_soutien-a-beigbeider-dans-son-combat-contre-la-garde-a-vue-cette-torture.html
Soutien à Beigbeider dans son combat contre la garde à vue, "cette torture"...
Mea culpa. Sur ce blog incroyablement populaire et influent, il m'est arrivé de me gausser de Frédéric Beigbeider, qui suite à sa garde à vue pour sniffage nocturne de cocaïne sur capot de voiture avait tenté, par avocat interposé d'interdire à la presse d'évoquer sa mésaventure. Je le regrette en partie.

J'ai craqué. J'ai en effet lu "Un Roman Français". Et je comprends mieux la réaction de Beigbeider, sans pouvoir l'approuver totalement. Le récit qu'il fait de sa nuit de torture ordinaire est accablant pour notre république. Entendons nous bien, je ne découvre pas que la pratique de la garde à vue à la française est un défi aux Droits de l'Homme et au droit tout court, merci de m'épargner les rappels divers et variés, mais Beigbeider a le mérite de nous infliger une petite piqure de rappel fort opportune.
En lisant Beigbeider, je me suis souvenu que l'an passé, trois de mes amis ont été victimes de garde à vue. Pour des broutilles. L'un s'est garé sur un emplacement interdit devant un bar pour y acheter ses cigarettes et répondu au policier qui lui en faisait la remarque: "Soyez cool, j'en ai pour deux minutes...". Une autre a été contrôlée légèrement positive à un alcootest à cinq cents mètres de chez elle. Une troisième a grillé un feu un peu éméchée.
Tous ont eu droit à la garde à vue telle que la décrit Beigbeider: mise à nu, fouille intime, privation de montre, interdiction de téléphoner à des proches (très sympa pour les mères de famille), nuit au dépôt à contempler les murs couverts de pisse, d'excréments et de vomi, impossibilité de se rendre aux toilettes en cas de besoin, rien à boire, voisinage de personnages dangereux, policiers peu aimables voire limite sadiques pour quelques uns. Une de mes amies a même eu droit à une perquisition à domicile, menottée devant les voisins, tout ça pour un feu rouge grillé, elle se demande encore pourquoi.
Voilà ce que Beigbeider raconte, et je comprends mieux son envie de l'époque de faire en sorte que ce supplice humiliant ne soit pas détaillé dans la presse. Cela étant hier sur Europe 1, il s'est élevé contre la "torture de la garde à vue" rappelant au passage que 500 000 Français (577 816 en 2008) y avaient droit désormais chaque année! Oui, l'an passé, 577 816 citoyens ont été traités comme des délinquants ou criminels potentiels, chiffre à comparer aux 60 000 détenus condamnés à des peines de prison. Voilà deux chiffres qui en disent long sur la nécessité et l'utilité de ces gardes à vue dont le nombre croît exponentiellement. A part emmerder le monde pour faire du chiffre, ce cirque moyen-âgeux est inutile dans 99% (à vue de nez) des cas.
Le problème, évidemment, c'est que Beigbeider est isolé. Comme les 577 816 personnes qui ont eu droit à ce traitement inhumain l'an passé et qui se contentent de raconter leur traumatisme à leurs familles, proches, amis, copains et relations... Il serait peut être temps que les millions de victimes de ces gardes à vue abusives se constituent en association afin de militer pour que cette pratique sauvage disparaisse en l'état du champ républicain français où elle n'aurait jamais dû être la bienvenue.


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